Aion paraît à un moment où plus personne ne lit lentement. C'est précisément pour cette raison qu'il paraît.
Nous croyons qu'il existe encore, partout dans le monde, des lecteurs qui veulent une page tenue, une enquête conduite, une critique signée, une voix au lieu d'un flux. Nous croyons qu'entre l'institution qui conserve et le marché qui spécule, il reste un espace : celui que la Respublica Literaria a tenu pendant trois siècles, et que personne, depuis, n'a su occuper.
Aion n'est pas une chaîne d'information. Ce n'est pas non plus une revue savante. C'est un quotidien — au sens étymologique : ce qui revient chaque jour — adressé à ceux qui font de la culture une matière, et non un décor.
Il est édité par Aion Culture (珀思文化), maison fondée à Shanghai, qui agit depuis cinq ans entre la Chine et l'Europe. Ce journal est le prolongement public de ce travail : ce que nous voyons, ce que nous écoutons, ce que nous tenons pour important.
Il est écrit avec l'assistance des modèles d'intelligence artificielle les plus avancés disponibles aujourd'hui. Cette assistance n'est ni honteuse ni miraculeuse : elle est de notre époque. Mais elle est, ici, encadrée par un pacte. Ce pacte est précisé dans notre charte d'usage. Sa première règle, sa seule règle absolue, est qu'aucune parole attribuée à quelqu'un n'a été générée. Ce qui est dit, ici, a été dit.
AION paraît en français, en anglais et en chinois. Ce n'est ni un choix de marché, ni une concession à la mondialisation : c'est une fidélité. La République des Lettres n'a jamais parlé une seule langue. Elle a parlé latin, puis français, puis anglais ; elle parle aujourd'hui aussi mandarin. Les renoncer toutes, c'est se rendre à l'algorithme.
Nous traduisons avec les outils de notre temps, mais nous relisons à la main. Chaque langue garde ses idiomes. Aucune ne devient l'ombre des deux autres.
Le flux n'est pas un format ; c'est une condition. Il vide ce qu'il transmet. AION paraît deux fois par jour, à six heures et à dix-huit heures. C'est peu, et c'est beaucoup. Cela suffit pour informer ; cela permet de penser.
Nous n'avons pas d'algorithme de découverte. Nous avons une rédaction. Sa première compétence est d'avoir lu ce qu'elle propose.
Notre rédaction tient deux pôles, Paris et Shanghai, qui ne sont pas une dualité mais une articulation. Shanghai n'est ni une succursale, ni un objet d'étude ; c'est le lieu d'où nous pensons. La question culturelle du siècle se joue là — dans la rencontre, le frottement, la traduction, parfois le malentendu qui devient fécond. La République des Lettres contemporaine est nécessairement asiatique aussi.
Nous n'écrivons pas sur la Chine. Nous écrivons depuis la Chine, et vers elle.
Marc Fumaroli rappelait la tension entre otium et negotium : agir dans le monde sans s'y perdre, écrire dans son siècle sans en épouser le bruit. C'est notre exigence. Nous travaillons avec les institutions, nous suivons le marché, nous fréquentons les ateliers ; nous ne sommes l'instrument d'aucun.
Quand un sujet recouvre un domaine soutenu par l'un de nos mécènes, nous le signalons en pied. Quand un article est commandé, il porte la mention récit de commande. Le reste est libre.
Nous écrivons avec des modèles. Nous le déclarons. Ils nous permettent ce qu'aucune rédaction de notre taille n'a jamais pu se permettre : couvrir trois langues, deux continents, sept rubriques, chaque jour. Ils servent la connaissance ; ils ne la fabriquent pas.
Notre règle absolue : aucune citation n'est inventée. Aucune image générée ne peut tenir lieu de document. Aucune voix de la radio n'est synthétique. La signature reste humaine, et elle engage. C'est la condition pour qu'un journal mérite ce nom.
AION est lu par ses abonnés, soutenu par ses mécènes, déclaré dans ses sources. Il n'a ni annonceurs ni publicité native. C'est une presse modeste, mais c'est une presse libre — au sens précis du XVIIe siècle : libre des intérêts, non libre du monde.
Nos lecteurs ne sont pas une cible. Ce sont des interlocuteurs. Nous publions leurs lettres, nous prenons leurs corrections, nous documentons leurs désaccords. C'est ce que nous appelons faire République.
Nous croyons que l'actualité est un point d'entrée, jamais une fin. Derrière chaque ouverture de pavillon, chaque vente, chaque colloque, il y a des décennies de travail, des fidélités tenues, des questions non résolues. C'est cela que nous voulons faire entendre : ce que l'événement masque, autant que ce qu'il révèle.
Aussi, ce journal ne périme pas. Ses archives sont publiques. Ses sources sont citées. Il est, dès le premier numéro, fait pour durer.