Le geste est rare. Un mois après les vœux du Nouvel An lunaire échangés sur WeChat, le bureau des affaires internationales de la China Academy of Art a confirmé l'ouverture d'un programme bilatéral d'échanges entre ses ateliers de peinture et trois lieux historiques de la Renaissance toscane. La signature, prévue à l'automne 2026, s'inscrit dans un calendrier qui rappelle, sans le dire, les anciennes routes des élèves de Lin Fengmian.
Pour Aion Culture, qui accompagne le dossier depuis dix-huit mois, l'enjeu n'est pas seulement diplomatique. « Il s'agit de remettre au centre l'idée d'une République des Lettres qui ne soit ni occidentale ni chinoise », confie une source proche du projet. Le programme prévoit des résidences croisées de six semaines, des publications bilingues, et — c'est sa nouveauté — une couverture éditoriale quotidienne, rédigée et illustrée en partie par des modèles d'intelligence artificielle entraînés sur les archives des deux écoles.
Une route qui réveille la mémoire de Lin Fengmian
Le Pr. Yu, dont l'invitation à Paris a fait l'objet des derniers échanges, devrait inaugurer la séquence par une conférence à l'École des Beaux-Arts. Son thème, communiqué hier soir : « Le geste, la trace, l'algorithme : pour une histoire élargie de l'atelier ». La filiation avec les voyages de jeunes artistes chinois vers l'Europe, dans les années vingt et trente, n'est pas anodine. Elle structure tout le projet.
« Nous ne demandons pas à nos étudiants de copier l'Italie. Nous leur demandons de la regarder, et de revenir. C'est la différence entre une visite et une route. »
— Pr. Yu, lors de la conversation préparatoire du 7 mai 2026.
Reste, comme toujours dans ces architectures à plusieurs étages, la question du financement. Les premières estimations situent le budget global à 2,8 M¥ sur trois ans, dont une part assumée par les abonnements de ce quotidien — fait inédit pour un projet culturel sino-européen. La Fondation X. et l'Institut Y., côté français, finalisent encore leur engagement.
Trois ateliers florentins, trois écoles
Les partenaires italiens, dont les noms doivent être communiqués officiellement lors de la conférence de presse du 12 juin, sont issus de la tradition académique florentine : un atelier de peinture à fresque, un atelier de gravure et un atelier de sculpture sur pierre. Le programme prévoit des résidences alternées : six artistes chinois en Italie chaque semestre, six artistes italiens en Chine.
Pour AION, c'est aussi un terrain d'observation. Comment se transmet un geste artistique entre deux traditions qui ne partagent ni langue, ni outil, ni vocabulaire ? La rédaction publiera, à partir de septembre, une chronique mensuelle suivie d'un podcast — L'Atelier en deux langues — disponible sur AION Radio.